Dans la classe de Culture et Citoyenneté Québécoise du Collège Saint-Louis, rien ne porterait à croire qu’une équipe de sept élèves impliqués et ambitieux serait en train de se préparer à affronter certaines des meilleures écoles du pays. Pourtant, autour d’un cercle de bureaux couverts de livres, de feuilles annotées et de boîtes à lunch éparpillées, les membres du Club Éthique s’installent et se préparent pour la Coupe Éthique, une compétition centrée sur la discussion et le débat, promouvant la réflexion, l’écoute et la capacité à prendre une position nuancée sur des enjeux complexes.
Les cas viennent tout juste d’être reçus–des sujets lourds et volontairement ambigus, tels que la liberté d’expression et l’intelligence artificielle–invitant les membres, Paula Barbosa Hernandez, Célina Barrera, Séréna Bouchelil, Ana Victoria Gamiochipi Rodriguez, Aliia Imanov, Éloïse Malisia-Deguire et Osama Taherà, à réfléchir sur différents dilemmes sociaux.
Cette année, l’équipe a débarqué à McGill, sa première épreuve, avec une préparation hors du commun. Leurs plans d’action préparés à l’avance, ils étaient prêts à affronter n’importe quel thème qui leur était proposé: «On voulait tellement savoir c’était comment qu’on a tellement posé de questions à M. Séguin que, quand on est arrivés à McGill, on était pas pris par surprise», raconte Éloise.
Résultat: trois matchs, trois victoires. Qualifiés de justesse– à seulement 0,5 point de l’équipe sous-jacente– mais tout de même vainqueurs. Il s’agit cependant de bien plus qu’un simple score; leur victoire aux régionaux leur ouvrit les portes de la prochaine étape, la compétition nationale à Winnipeg.
«La préparation n’a pas tant changé», explique leur coach, M. Séguin. «À chaque année, j’y vais un peu avec la dynamique de l’équipe, mais l’idée, c’est de présenter les règles… puis l’implication et la recherche, c’est laissé à l’équipe. Je suis pas mal juste un avocat du diable– j’essaie juste de susciter le débat. »
Pour ce qui est des élèves, l’expérience du Club Éthique dépasse largement celle d’un simple club parascolaire. «Ça apporte vraiment quelque chose de plus que d’autres clubs ne m’apportent pas», confie Paula. Le Club Éthique devient pour eux un espace où l’on apprend à réfléchir autrement, à se reconsidérer et à écouter les opinions des autres. «J’ai pris vraiment plaisir à participer… on est vraiment une bonne gang avec qui parler de temps en temps», ajoute-t-elle, soulignant que leur esprit d’équipe a joué un rôle majeur dans leur motivation.
Derrière cette chimie impressionnante se cachait néanmoins une inquiétude immense: «On avait beaucoup de pression au début, puisqu’on avait cette préconception que tout serait difficile», avoue Osama, expliquant qu’ils avaient également conscience de l’histoire du collège dans cette compétition. «Il y a déjà deux équipes qui sont allées à Winnipeg… donc, on savait que c’était possible, mais ça rendait ça encore plus stressant.»
L’équipe s’est tout de même rapidement adaptée au rythme des matchs et au déroulement de la compétition. Pour certains, la partie la plus simple était précisément celle qui semblait la plus intimidante au départ.
«Le plus facile, c’était participer aux discussions, parce qu’on l’avait fait tellement de fois et on savait tellement bien qui allait dire quoi», explique Éloise. La familiarité entre les coéquipiers permettait à chacun d’entre eux de se compléter et d’intervenir de manière naturelle, presque instinctive.
La Coupe Éthique propose un format où seulement cinq élèves ont la possibilité de débattre à la fois, laissant le reste sur le banc à attendre et à observer. «Être sur le banc, c’est difficile parce que tu ne peux rien dire. Si l’équipe passe ou non, ça ne dépend pas de toi.»
La victoire du Collège Saint-Louis à McGill représentait l’aboutissement de maintes semaines de préparation, et servait de preuve que leur travail collectif portait ses fruits. «À chaque année, je suis très fier de mes élèves… je suis toujours surpris de leur vivacité d’esprit, de leur dynamique, puis je suis très fier de la préparation qu’ils mettent,» confie M. Séguin.
À Winnipeg, l’équipe n’a malheureusement pas réussi à remporter le titre national–cependant, malgré la défaite, l’épreuve reste une expérience intellectuelle et éthique qu’ils ne sont pas près d’oublier.
Car au-delà des résultats, la Coupe Éthique a offert aux membres quelque chose de rare et d’ineffaçable: une occasion de réfléchir ensemble tout en représentant leur école fièrement, et de comprendre que savoir discuter de sujets actuels, c’est déjà une victoire en soi.


